Serge Tisseron, psychiatre, psychanalyste, directeur de recherche à Paris X-Nanterre et Thomas Gaon, psychologue clinicien en addictologie au centre Littoral Villeneuve indiquaient lors de la conférence au Centre National d’Etudes et de Formation de la Police Nationale qu’Internet et les jeux en réseaux n’étaient pas plus dangereux que d’autres activités dès lors que ceux-ci étaient « maitrisés » et c’est précisément là que le bât blesse.

Trop de parents, enseignants ou pas, ne maîtrisent plus la situation.

Avant d’aborder la question de l’addiction et les critères qui permettent de l’affirmer, il existe trois risques sur la santé des enfants qu’il convient de souligner.

Largement décrit par de nombreux spécialistes de la santé, et bien que désormais plus actifs que devant la télévision, le risque d’obésité demeure important pour les enfants qui passent trop d’heures assis. Deux autres risques exogènes à l’addiction sont quant à eux totalement occultés du débat. Le risque de pollution électromagnétique dû au rayonnement des ordinateurs, des bornes wifi et le risque chimique dû au gaz émis par les composants électroniques. Leurs dégagements sont plus ou moins importants selon leurs fabricants et la qualité apportée à la production.

Avec Internet, l’impression de tenir le monde au bout de ses doigts, aller de Paris à New York puis à Sydney d’un clic, faire le tour du monde dans un espace temps très court, etc… la possibilité de trouver « le truc » qui vous fera remarquer à l’école, l’ivresse dans laquelle il est possible de verser, de sombrer sans consommer de substances hallucinogènes est impressionnant. L’écran et ses images sont attractifs et hallucinatoires et se suffisent à eux-mêmes. Une question me vient à l’esprit. Dans ces jeux et ces mondes virtuels, existe-t-il des images subliminales génératrices de cyberdépendance ?

Ces jeux sans fin entraînent des troubles mentaux pour ces joueurs qui restent plusieurs heures, plusieurs dizaines d’heures devant le jeu. Ainsi l’un d’eux, 13 ans s’est-il défenestré après avoir joué 36 heures, un second s’est également suicidé après avoir joué 50 heures…

L’American Journal of Psychiatry de mars 2008, évoque les addictions à l’internet des jeunes. Il indique notamment que les autorités de Corée du Sud ont recruté en 2007, plus de 1 000 spécialistes pour tenter d’endiguer ce fléau. Plus de 210 000 jeunes de 6 à 19 ans soit environ 2,5% des enfants sont concernés par cette appétence extrême du net. Ils doivent désormais être suivis médicalement.. Dix décès au pays « du matin calme » ont été recensés ainsi qu’un meurtre. Le phénomène est identique aux Etats-Unis. Les autorités définissent un plan pour répondre à cette grave problématique.

Le pays de Galles comptabilise une 17ème jeune victime en un an, de la pratique des « mondes virtuels ».

Selon une étude germano-britannique publiée en 2007, les experts considèrent que 1 à 2% des joueurs français ont une pratique aux jeux de nature pathologique.

La Chine n’a pas tergiversé et interdit l’accès aux jeunes de moins de 18 ans aux MMO (Massive Multiplayer Online). Pour les autres, les fournisseurs d’accès doivent couper la connexion au bout de trois heures sans possibilité de se reconnecter pendant 5 heures.

Quand devez-vous réagir ? Quelles sont les variables que vous devez appréhender en tant que parents ? Il passe tout son temps sur les jeux ou plus généralement sur le net ; les jeux monopolisent tout son temps, rien d’autre ne compte à ses yeux ; il y a un appauvrissement des relations sociales ; il refuse de sortir ; il ne peut pas s’arrêter de jouer pendant plusieurs jours ; tout le reste l’ennuie… alors il n’y a pas une minute à perdre… allez consulter !

Les cyberdépendants perdent la notion du temps et les répercussions sur la vie sont importantes : anxiété, colère, dépression, fatigue, troubles du sommeil, échec scolaire, suicides…

Les jeux présentent-ils plus de risques qu’un film ou qu’un livre ou… ? Je ne crois pas dès lors que les parents conservent le contrôle du contenu et du temps passé. Pour des questions conservatoires, je quantifie pour les jeux en réseaux et les mondes virtuels 1 à 2 heures par jour le weekend. Pour les autres jours, et pas systématiquement, il faut limiter le jeu au maximum à une heure. Bien qu’il me soit arrivé de le faire, généralement, on ne dit pas à un enfant de fermer le livre qu’il est en train de lire sauf lorsque c’est l’heure pour lui de dormir. Probablement, enfant, il vous est peut-être arrivé de prendre une lampe de poche afin de lire caché sous les draps. Il en est de même pour Internet, les enfants se relèvent la nuit. Il vous est peut-être aussi arrivé de lire un livre d’un seul trait, occultant tout le reste. Cependant ce n’est pas systématique. Cela peut également se produire en surfant sur le net.

Si vos enfants sont cyberdépendants, vous n’avez pas le choix, débranchez systématiquement en allant vous coucher. Si cela ne suffit pas, enlevez l’ordinateur de la maison. Il ne s’agit pas d’autoritarisme, ni de comportements despotiques mais d’autorité éducative dans l’objectif de préserver la santé et l’équilibre de vos enfants.

Enfin, si votre enfant se réfugie dans ces mondes, il y a lieu de vous poser la question « pourquoi ?