J'ai un autre gamin en Ce2 qui refusait d'écouter ou de travailler en anglais. Je lui ai parlé en tête-à-tête un jour, il a fini par me dire qu'il se faisait racketter par des enfants dans son van, et ce depuis la maternelle, sans que personne ne se soit jamais rendu compte de rien. Ce même enfant m'a dit un jour qu'il avait mal à la poitrine parce que son papa l'avait pincé dans la voiture. Et la veille des vacances, je l'ai vu avec un énorme pansement entre les deux clavicules. Je suis allée le voir pour lui demander ce qui lui était arrivé, il a répondu que c'était une brûlure, mais a catégoriquement refusé d'en expliquer les circonstances. Il a maintenant une grosse cicatrice, et je sais que ce sont les parents car il m'a avoué un autre jour que quand son père rentre du travail, il le frappe s'il n'a pas fini ses devoirs

J'ai un jeune garçon en CP qui est extrêmement sensible, et qui est complètement tétanisé à l'idée de ne pas savoir faire son travail. Apparemment, ses parents lui mettent une pression énorme, tout en étant complètement dingues (j'ai eu des échos par la petite dyslexique dont c'est la prof d'histoire et par le gardien qui l'entend régulièrement hurler comme une hystérique sur son mari au téléphone). Le petit vit dans la peur constante que ses parents se séparent.

Il y a aussi beaucoup de violence domestique, contre les enfants ou les femmes. Certains gosses sont complètement zinzin, comme ce petit en classe de maternelle, fils de ministre qui a de sérieux problèmes de comportement car il donne des ordres à tout le monde.

Entre ceux qui vivent dans des palaces avec des domestiques pour leur faire leurs lacets et les habiller, et ceux qui se font tabasser, ce n'est pas simple à instruire dans l'harmonie, tout ce petit monde !

Il est bien sûr difficile de prouver quoi que ce soit, ou d'insinuer des choses sans prendre le risque que l'enfant trinque encore plus.

Les violences sont admises par la société en général - il y a une petite fille en Ce1 dont je reconnais à peine le timbre de voix tellement elle parle bas et difficilement. Elle a été traumatisée à l'école l'année dernière (école publique).

Avant les vacances de Noël, on a vu le proviseur débouler en salle des profs assez choqué. Trois élèves et leurs parents avaient été convoqués dans son bureau. A l’origine, une histoire d'avoir dit que c'était les profs qui avaient obligé les enfants à faire du mandarin... Dans le bureau, quand le mensonge a été mis à jour, le père d'une des gosses s'est retourné, a dit "Quoi, tu m'as menti ?", et lui a retourné une telle mandale qu'il lui a brisé ses lunettes, puis une deuxième sur l'autre joue pour la remettre droit sur son siège. Le proviseur est intervenu assez bruyamment, le père est sorti dans le couloir avec le gosse, dans une furie incroyable, et a frappé le gosse tellement fort que des profs sont sortis de leur salle de cours en croyant que quelque chose s'écroulait. Pour ce cas, devant témoins, il a été possible d'alerter les services d'aide à l'enfance. Je ne sais pas où en est l'histoire. Mais le gosse a dû se faire exploser chez lui... Le père avait déjà causé de gros problèmes en s'introduisant dans l'école à l'heure de la fin des classes, pour aller tabasser d'autres gosses qui avaient embêté le sien. Des maîtresses plus anciennes ont commenté la chose en disant qu'il est tout simplement fou furieux.

Mais il n'y a rien ou quasi rien pour accueillir les enfants. La population ne verrait pas non plus d'un bon œil qu'on retire les enfants de leur famille pour quelques "égratignures".

Les enfants ont naturellement tellement peur de s'en prendre plein la figure qu'ils n'avoueront jamais plus qu'une fessée...