Liliane Sprenger Charolles, directeur de recherche au CNRS (Laboratoire d'études sur l'acquisition et la pathologie du langage chez l'enfant, CNRS - Université Paris 5), a souligné la prévalence du déficit phonologique dans les dyslexies, tout en reconnaissant l'importance d'un contrôle rigoureux des problèmes visuels et oculomoteurs éventuels. Carine Royer, Laboratoire de psychologie expérimentale (LPE, CNRS – Université Grenoble 2 – Université de Savoie), a mis en évidence l'existence de stratégies compensatrices chez des dyslexiques, s'appuyant sur la morphologie du mot.

Severine Casalis (URECA, UFR, Université de Lille 3), a présenté des études démontrant sans ambiguïté l'absence de lien entre dyslexie et quotient intellectuel.

Sylviane Valdois, chargée de recherche au CNRS (LPE), a résumé les résultats d'une étude particulièrement approfondie sur les troubles phonologiques et visuo-attentionnels des dyslexiques. La fréquence de ces derniers se révèle importante. Qui plus est, la performance aux tests visuo-attentionnels développés par ce chercheur et ses collaborateurs est le meilleur élément prédictif des performances de lecture. Isabelle Eyom et Cécile Malecot, orthophonistes, ont présenté le cas clinique d'un enfant dyspraxique et dyslexique, dont les performances ont été améliorées par une rééducation visuo-attentionnelle.

L'après midi, Françoise Vitu, a présenté une étude comparative du comportement oculomoteur lors de la lecture d'écoliers de 10-12 ans comparés aux adultes. La grande régularité stratégique du guidage du regard dans les mots identifiés chez l'adulte (atterrissage du regard à une position privilégiée vers le milieu du mot) est acquise par les enfants; mais les durées des fixations sont plus longues et plus variables, les saccades régressives (saccades de vérification) plus fréquentes - donc coûteuses en temps. Françoise Vitu privilégie une interprétation cognitive de cette différence de comportement oculomoteur et souligne l'utilité des études oculomotrices pour mieux comprendre les déficits du sujet dyslexique.

Laurent Sparrow, enseignant-chercheur à l'Université de Lille 3, a présenté une étude pilote du comportement oculomoteur de cinq sujets dyslexiques au cours de la lecture de lignes de texte. Si aucune anomalie n'est signalée au début de la lecture, des durées de fixation anormalement longues apparaissent plus tard, en particulier sur des mots peu fréquents dans notre langue. La suite de la réunion a pris un caractère plus didactique en faisant le point sur des aspects fondamentaux de la physiologie oculomotrice impliquée lors de la lecture.

Zoï Kapoula a souligné que si la lecture repose d'une part sur la vision, elle est d'autre part un acte moteur à part entière. Lors de la lecture, le système nerveux central exerce un contrôle du regard dans trois dimensions (à l'horizontale, à la verticale et en profondeur) pour les deux yeux simultanément. Si le regard parcourt la ligne de gauche à droite avec des saccades horizontales suivies chacune d'une fixation, le saut à la ligne implique un mouvement oblique (en bas et à gauche) activant les six muscles extra-oculaires. Surtout, la lecture étant une activité de vision proche, le cerveau doit ajuster l'angle des axes visuels à la distance de lecture et le maintenir tout au long du balayage du texte. Faute d'un bon réglage de la vergence, les mots peuvent apparaître flous ou dédoublés, et entraver la lecture. Or de nombreux lecteurs (adultes et enfants) ont une capacité limitée de contrôle de la vergence, qui est de loin le plus fragile des mouvements des yeux. Prolongeant cette problématique, le docteur QingYang et ses collaborateurs (LPPA, CNRS-Collège-de-France) ont présenté des études récentes chez l'enfant de 4 à 13 ans, montrant que la latence (temps de préparation) des mouvements des yeux est très longue et variable chez le jeune enfant (400 msec) et n'atteint le niveau adulte qu'à 10-12 ans, en particulier la convergence en vision proche qui a la latence la plus longue. La durée de la latence chez le jeune enfant est attribuée à la maturation progressive du circuit cortical activé lors de la préparation des mouvements, notamment au niveau du cortex frontal. Les auteurs soulignent qu'elle doit être prise en compte dans les performances du jeune enfant, en particulier chez l'enfant présentant des troubles d'apprentissage de la lecture.

Maria Pia Bucci et ses collaborateurs (LPPA) ont présenté une étude oculomotrice d'enfants souffrant de céphalées et de troubles d'équilibre sans anomalie associée au plan vestibulo-oculaire. En revanche, l'étude oculomotrice met en évidence une lenteur anormale dans le déclenchement des mouvements des yeux par rapport à des enfants sans trouble de même âge. Le déficit est majeur pour la convergence en vision proche. Surtout, l'étude montre qu'une rééducation orthoptique de la vergence a permis de ramener le temps d'initiation des mouvements des yeux à des valeurs normales. A noter enfin qu'un questionnaire adressé aux parents de ces enfants montre l'existence de troubles de la lecture chez 28% d'entre eux.

Zoï Kapoula fait une allocution mettant l'accent sur l'exigence d'un contrôle continu de la convergence des yeux par le système nerveux central lors de la lecture, activité de vision proche. Elle poursuit par la présentation d'études électro-encéphalographiques permettant d'identifier, pour la première fois chez l'Homme, une activation corticale importante des aires postérieures pendant la période de préparation des mouvements des yeux. Premier constat, la vergence et en particulier, la convergence, provoque l'activation corticale la plus élevée, activation symétriquement distribuée sur les deux hémisphères alors qu'elle est latéralisée pour la saccade au niveau de l'hémisphère contralatéral par rapport à la direction de la saccade. Deuxième constat, en vision proche, dans l'espace péripersonnel qui est celui de la lecture, la région pariétale est la plus activée, ce qui montre une représentation corticale de l'espace différente au loin et au près. Or le cortex pariétal joue un rôle majeur dans le contrôle de l'attention, des mouvements des yeux, l'orientation spatiale ; en outre, ses lésions provoque des déficits que l'on peut également observer chez des personnes dyslexiques.

Le docteur Monica Biscaldi, de l'Université de Freiburg, a prolongé cette problématique du contrôle cortical des mouvements des yeux lors de la lecture, avec l'étude de l'inhibition des mouvements réflexes par contrôle volontaire de la réorientation du regard. Son équipe a utilisé une batterie de tests oculomoteurs neurologiques pour mettre en évidence, chez les dyslexiques, d'un plus grand nombre de saccades réflexes ainsi que des mouvements inappropriés dans les tâches d'inhibition des mouvements réflexes. La mise en place d'un programme de rééducation oculomotrice quotidien, à la maison, sous forme de jeu «game boy», a permis d'améliorer les performances oculomotrices. La performance de lecture elle-même a été indirectement améliorée. En conclusion, le mécanisme d'amélioration pourrait être perceptif, attentionnel, oculomoteur ou encore multifactoriel.

Le professeur Yan Ygge du Karolinska Institut, Stockholm, a présenté des travaux montrant une différence de sensibilité dans la perception du mouvement entre sujets dyslexiques et normo-lecteurs, observations compatibles avec la théorie de la dyslexie renvoyant à un déficit du système magnocellulaire.

Le professeur Jean Stein, de l'Université de Physiologie, Oxford, a passé en revue l'ensemble des arguments scientifiques et des résultats expérimentaux produits par son équipe et par d'autres, témoignant en faveur de cette hypothèse. Rappelant que la sensibilité visuelle au mouvement est liée au système magnocellulaire et qu'elle aide à stabiliser les yeux, l'auteur met l'accent sur l'altération des fonctions visuo-motrices des dyslexiques : perception visuelle instable, encombrement visuel, mini-héminégligence gauche, mouvements oculaires de poursuite et de vergence présentant des intrusions saccadiques anormales, fixation binoculaire instable… Il souligne le fait que le contrôle cortical de la vergence est dominé par le système visuel magnocellulaire et que les dyslexiques ont un contrôle instable de la vergence. Enfin, considérant le lien longtemps controversé entre les troubles visuels et les troubles phonologiques prévalents chez les dyslexiques, le professeur Stein donne une dimension unifiante à la théorie magnocellulaire. En effet, les neurones magnocellulaires sont présents dans tout le système nerveux central, visuel, mais aussi auditif, cutané et proprioceptif, sensoriel mais aussi moteur, au niveau du cortex cérébral, mais aussi de l'hippocampe, du cervelet et du tronc cérébral, si bien, par exemple, que la sensibilité magnocellulaire visuelle déterminerait les aptitudes orthographiques alors que la sensibilité magnocellulaire auditive déterminerait les aptitudes phonologiques.